PRIMES À L'ENDROIT DES PRODUCTEURS AGRICOLES Un piège pour le monde rural ou un appel à l'effort ?
10 juil. 2026Le nouveau gouvernement béninois affiche clairement sa volonté de booster la production agricole. Ainsi, il est annoncé une prime de 10f Cfa par kilogramme à l'endroit des producteurs de coton, de soja, de cajou et de riz pour le compte de la campagne agricole en cours. Mais l'octroi de cette prime est subordonné à des préalables qui pourraient faire passer la mesure à côté de son objectif, celui d'inciter les agriculteurs à plus d'effort. Les conditions fixées par le gouvernement pour l'effectivité de cette prime semblent très aléatoires avec le risque de découragement des producteurs.
L'initiative du gouvernement béninois d'octroyer une prime de 10 francs CFA par kilogramme aux producteurs de coton, de soja, de cajou et de riz est, sur le papier, une idée géniale. Elle témoigne d'une réelle volonté politique de valoriser le travail de la terre et de stimuler l'économie rurale. Cependant, l'enthousiasme initial risque de se heurter à une réalité de terrain bien plus complexe, rendant cette aide financière particulièrement difficile d'accès pour les paysans concernés. Le principal écueil de cette réforme réside dans l'incohérence de sa méthode d'attribution, car il apparaît profondément irréaliste de conditionner une récompense financière individuelle à l'obtention d'un résultat purement collectif.
Cette approche s'apparente à annoncer à un candidat à un examen national que l'obtention de sa propre bourse d'études ne dépend pas de ses notes personnelles, mais du taux de réussite global de sa promotion. Certes, une telle condition peut théoriquement pousser les producteurs à s'entraider et à se surpasser pour le bien commun. Néanmoins, si le résultat collectif attendu, fixé à la barre ambitieuse de 700 000 tonnes de coton, n'est pas atteint à la fin de la campagne, les paysans se sentiront inévitablement piégés par le gouvernement après avoir fourni des efforts considérables.
Cette incertitude se répète pour les autres filières stratégiques que sont le soja, le cajou et le riz. Pour ces cultures, le versement de la prime est subordonné à la satisfaction totale de la demande des usines de transformation locales. Une telle exigence s'avère encore une fois très aléatoire, puisqu'elle dépend de facteurs macroéconomiques et industriels que le petit producteur ne maîtrise absolument pas à son échelle.
Pour transformer cette bonne intention en une réussite concrète et équitable, l'État béninois ferait mieux de proposer des conditions personnelles et directes, que chaque agriculteur pourrait mesurer et contrôler à son propre niveau. Plutôt que de lier le destin de milliers d'individus à des seuils nationaux globaux, l'établissement de critères individuels basés sur des paliers de production à atteindre par exploitation serait bien plus incitatif. En valorisant l'effort de chaque paysan selon son rendement propre, le gouvernement s'assurerait d'instaurer un climat de confiance réciproque, transformant ainsi ce qui ressemble aujourd'hui à un mirage réglementaire en un véritable levier de croissance pour le monde rural.
Édouard ADODÉ
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